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A la une 2012

 2012, un film où y'a toujours deux comiques qui font du bruit dans le fond.

Sony Pictures Releasing FranceBlockbuster du créneau du 11 novembre, 2012 s’impose sans conteste comme l’ultime comédie de cette fin de siècle. Sorte de biopic flashforwardisé de l’homme le plus chanceux du monde, le film de Roland Emmerich développe une panoplie de giga-gags à faire pâlir de honte Judd Apatow. Le gag du poisson dans les fesses de Rien que pour vos cheveux ? Une goutte d’eau comparée au tsunami comico-visuel déployé par le germain réal d’Independance day : John Cusack qui remonte le gouffre d’une faille terrestre (déjà, c’est un gag) et dont l’ex-femme, le nez collé contre le hublot d’un avion en plein décollage, voit la main à peine sortie du précipice et s’écrit « Attendez, il s’en est sorti ! », c’est tout de même prodigieux. Mais l’ami Roland, en grand démiurge de la rigolade planétaire, ne s’arrête pas là : John se relève aisément du tentaculaire ravin et rattrape dans un sprint usainboltien l’avion lancé à vive allure, tout en s’appliquant à éviter les roches en fusion qui s’écrasent avec fracas autour de lui. Plus qu’une prouesse, un miracle – tant sur le plan de la performance humano-athlétique que de la comédie de cinéma.

Puis 2012 se mue en étude de conscience façon Dark knight, chef d’œuvre du blockbuster du dilemme : tel le Joker qui oppose deux cargos chargés de TNT, faut-il laisser ou non mourir les multimilliardaires russes et leurs abrutis de gamins obèses ? Vaste question que Roland Emmerich entrecoupe d’une prouesse canine proprement hallucinante qui sied parfaitement le propos, évidemment.

2012 puise sa force dans la pluralité des lectures que l’on peut en faire : ici, un récit humaniste sur le dernier recordman d’apnée de notre ère (14min24 sous l’eau) ; là, un portrait terriblement attachant d’un préado follement sympathique (« Laisse-moi tranquille, Jackson ! ») ; et quelque part, un film préventif sur les méthodes de survie à employer en cas d’apocalypse que ne renierait pas Roselyne Bachelot (consigne de sécurité n°14 : si le monde s’écroule,  planquez-vous sous votre table de cuisine). 2012 livre également un constat glaçant (quasi-jamescameronien) sur la technologie d’aujourd’hui et de demain : votre arche de survie a beau être la plus high tech qui soit, le moindre tuyau jaune en plastique peut, au propre comme au figuré, « enrailler la machine ».

Mais ne rigolons pas, lorsque la limousine de John Cusack traversait commodément la ville entière qui s’éboulait, l’image s’arrêta net, l’écran devint tout noir, la salle plongea dans la pénombre la plus totale, les lumières se rallumèrent, il n’y avait plus de film, on vit le sosie de Woody Harrelson (« il va nous faire une émission de radio en direct, tu crois ? »), une dame de l’UGC annonça une coupure de courant dans toute la rue. Histoire de nous rappeler que l’Apocalypse est bel et bien proche.

cette critique est dédicacée, mouahaha.

 
2012
Réalisé par Roland Emmerich
Avec John Cusack, Chiwetel Ejiofor, Amanda Peet, ...
Année de production : 2009
A la une welCCome - aCCueil

 

   

         

  En octobre, Allociné c'est un petit peu devenu The road : une plateforme désertée. Raison de plus pour faire tout et n'importe quoi, expérimenter, oser, abandonner, tout ça à la fois.

 : "Kirkovkirkovkirkov !"  : "Hénin et deux et trois zéro"

 : "qu'est-ce qu'elle veut, la tarlouze ?"  : "wesh les lascars, prêts pour une DP ?" 

 : "Chtuck il mange les restes de sanwiches dans les poubelles..."

 A-K // L-Z

 
Victor

(vu en avant-première uniquement pour la discussion avec Pierre Richard après la projo, tel est mon alibi)

 VICTOR, "fallait pas le réaliser !" de Thomas Gilou. 

L'affiche analysée, c'est le film critiqué.

 
Victor
Réalisé par Thomas Gilou
Avec Pierre Richard, Lambert Wilson, Clémentine Célarié, ...
Année de production : 2009
The informant!

 THE INFORMANT!, un 4ème bon film de suite de Steven Soderbergh.

Soderbergh, le cinéaste de l'année.

Et si les deux Che, Girlfriend experience et cet Informant! formaient une addition identitaire de leur auteur ? Soderbergh, révolutionnaire qui prostitue ses grandes idées à des financiers peu scrupuleux et qu’un tel double jeu finit par dépasser ? La formule se tient pour peu que lesdits films soient réussis. Che part. 1 et 2 : Warner Bros. Franceimmersion languide dans la jungle sud-américaine et leçon magistrale de politique au cinéma. Girlfriend experience : entrevue érotico-glaciale entre une muse protéiforme et un artiste prolifique. Alors Soderbergh, poule de luxe mythomane ou guerillo usurpateur ? Qu’en est-il de The informant! ? Après avoir hanté en background Girlfriend experience, les mœurs et maux politico-économiques submergent le film, sorte d’Erin Bronkovich absurde. Les abus financiers d’un côté, la déraison économique de l’autre, les prémices de la saturation du fonctionnement capitaliste perforent le temps et s’emparent du sujet du film : Whitacre, pantin libéral ou victime de la folie du système ?

Soderbergh réalise un film extrêmement lumineux sur des pratiques parfaitement obscures : sans conteste, The informant! brille par ses idées et l’intelligence de son auteur. Privilégiant la combinaison des genres à l’exploration des formes, Soderbergh signe un anti-Michael Clayton bourré d’ironie (clins d’œil à La firme), de folie (littérale, symptomatique) et de références aux 70’s (bande-son et titres). Moins badin qu’en apparence, le film convoque des gravités diverses pour une enquête qui vire effrontément à l’analyse psychologique, sombrant subtilement dans les méandres de la bipolarité. Dans le rôle de Whitacre, Matt Damon, vingt kilos en trop et une impressionnante collection de cravates ringardes, incarne à la perfection le délabrement mental qu’occasionne la trop forte culture de l’entreprise. Plus de doute, l’année 2009 s’avère bel et bien celle de Steven Soderbergh.

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En + 
de Steven Soderbergh L'anglais , Girlfriend experience

 
The Informant !
Réalisé par Steven Soderbergh
Avec Matt Damon, Scott Bakula, Joel McHale, ...
Année de production : 2009
(500) jours ensemble

 (500) JOURS ENSEMBLE, un film pour les 7 à 77 27 ans de Mark Webb.

Instanément générationnelle, une chronique pimpante.

C’était écrit : (500) jours ensemble serait générationnel. C’est comme ça, question d’alchimie, le film de Mark Webb appartient à ceux qui décollent illico, telle une parfaite pop-song, et qui se lisent différemment selon les bobos du cœur. Romantique comme une parole des Smiths, faussement acidulé comme un refrain de Twentieth Century Fox FranceRegina Spektor et follement enivré comme une compo des Temper Trap, (500) jours ensemble évoque l’amour, le vrai, celui qu’on chérit et qu’on regrette, celui dont on rêve et que l’on ne retrouve jamais.

Parce qu’au fond, c’est tout bête de tomber amoureux : on croise un regard, on échange quelques banalités et on se retrouve aussitôt accro avant même d’avoir pigé ce qui se passe. Mais filmer l’amour et les relations amoureuses hors des sempiternels sentiers battus, voilà l’une des entreprises les plus ardues (néanmoins sublimes) du cinéma. Alors bien sûr, Mark Webb n’a rien du génie que le septième art attendait depuis Douglas Kirk. Alors bien sûr, le film reste très propre sur lui, look soigné et bande-son chicos. Mais (500) s’assume, nom de Dieu, allant jusqu’au bout de son dispositif scénaristique qu’il ne gadgetise en rien et qui au contraire, sert très justement la magnifique complexité de la relation durable. L’in-évidence de la rencontre, la beauté folle de l’imprévu, l’insaisissable alchimie de deux êtres : autant de merveilles du quotidien que le cinéma peine ces derniers temps à transcrire et que Mark Webb capte on ne peut plus joliment. Cliché oblige, ces « petits riens » composent in fine les grandes étapes de la vie. C’est bête à dire mais bon… tomber amoureux c’est bête aussi.

 
(500) jours ensemble
Réalisé par Marc Webb
Avec Joseph Gordon-Levitt, Zooey Deschanel, Clark Gregg, ...
Année de production : 2007
Mary & Max

 MARY & MAX, une correspondance déprimante d'Adam Elliot.

(vu en avant-première et suivi d'une discussion-où-tous-les-spectateurs-causaient-super-bien-anglais avec le réal)

N'emmenez ni vos mômes, ni votre Valium.

« You’ll see, it’s not Shrek, not Nemo and definitely not Wallace & Gromit ! », prévient Adam Elliot avant que la salle ne s’assombrisse. Et il a raison. Si les p’tits Lu c’est que pour les enfants, Mary & Max est un cake au chocolat rance et très sec : solitude, mélancolie, dépression, obésité, maladie d’Asperger et tutti quanti, les Gaumont Distributiontracas de la « vraie » vie investissent (enfin ?) le monde soi-disant merveilleux de l’animation.

Stop-motion délicat et dépressif, maillé de potache rarement bienvenu, le film narre les aléas de l’échange épistolaire d’une fillette australienne (Mary, dont le monde est tout marron) et d’un solitaire new-yorkais (Max, dont le monde est tout gris). Plus que des mots, des dessins ou des barres de chocolat, ces deux-là s’échangeront une présence, quelque chose aussi impalpable que réconfortant. La correspondance s’étale sur plus de vingt ans et Adam Elliot parvient à croquer, image par image, gag par gag, le temps qui passe et qui file. Cette authenticité émotionnelle, le cinéaste nous a confié la devoir à sa propre correspondance avec un homme semblable à Max.

Outre la beauté très deep du film, entre ingéniosité rondelette et méticulosité rêche, il se dégage une atmosphère assez particulière. Voir s’effilocher l’innocence de Mary au contact de la souffrance de Max provoque un malaise largement désarmant : qu’est-ce donc que cette humeur maussade qui nous assaille ? La noirceur, ni dark ni gothique, juste névrotique, déborde de l’écran et envahit alors la salle, soudain plongée dans les affres du déséquilibre et confrontée à ses propres angoisses. Gromit s’est fait écraser et Wallace s’est pendu.

 
Mary et Max.
Réalisé par Adam Elliot
Avec Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Eric Bana, ...
Année de production : 2008
Hotel Woodstock

 HOTEL WOODSTOCK, un film lisse and love d'Ang Lee.

Un Ang passe...

Voilà quarante ans qu’un demi-million de jeunes hippies se sont rassemblés, sans aucun sms ni aucune alerte facebook, dans un rade paumé et boueux de l’état de New York pour célébrer la liberté qui fît tant défaut à l’Amérique de la fin des 60’s. Et accessoirement écouter du rock. Sexe, drogue et rock’n’roll ? Pas vraiment : Woodstock fût surtout le lieu de communion de toute une génération, associée à un Universal Pictures International Francemouvement contestataire qui allait influencer la culture de la décennie à venir. Peace and love, message symbolique en révolte aux guerres et violences qui assaillaient le monde moderne. Plus qu’un événement, Woodstock demeure une légende : un mythe bâti autour de véracités et de témoignages, amplifié, fabulé, visant à l’éternité. On le sait désormais, le son était pourri, la météo, pas au rendez-vous, le concert, peu mémorable mais les gens se jetaient dans la boue, partouzaient dans les bois humides, prenaient de la mauvaise dope autour d’un chaleureux feu de bois. Mieux que les faits : les souvenirs. D’où, déjà, la problématique d’un film.

Ang Lee s’atèle à l’envers de la légende en s’attardant sur son endroit : nous saurons décidément tout sur la famille qui tint l’un des miteux hôtels du coin, leurs identités, comportements et ambiguïtés. Soit Ice storm pendant Woodstock, en moins bien interprété, filmé et suggéré. Cinéaste de l’intimiste, Ang Lee semblait dès le départ l’improbable candidat mais James Schamus n’ayant d’yeux que pour lui, on s’en contentait tout de même, soulagé qu’un de ces piteux réals pop (Cameron Crowe ou Richard Linklater) ne s’y soit pas affairé. Avec sa légendaire application, le Taïwainais ne signe pas à proprement parler un nanar sur ces anars. Simplement un film considérablement superflu, terne et ennuyeux dont l’unique mérite repose sur son incapacité chronique à donner vie à la légende de Woodstock. D’un certain côté, tant mieux.

En + 
de Ang Lee > Lust, Caution , The ice storm

 
Hôtel Woodstock
Réalisé par Ang Lee
Avec Emile Hirsch, Demetri Martin, Liev Schreiber, ...
Année de production : 2009
Démineurs

 DEMINEURS, une bombe de Kathryn Bigelow.

Dénuée de politique, une odyssée militaire détonante.

Outre-Atlantique, The hurt locker (titre original bien plus intéressant) a empilé les dithyrambes comme des perles, certains critiques lui décernant même le titre forcément subjectif du meilleur film de guerre de la décennie. Le Full metal jacket SNDdes années 2000, le nouveau Bigelow ? Loin de là et en cela, Démineurs marque très distinctement la frontière atlantique, la nuance des sensibilités et des susceptibilités, l’empreinte d’un passé quasi-présent. Alors que chez les Anglo-saxons le film s’inscrit instantanément dans la hantise collective de l’inextricable bourbier irakien, il apparaît chez nous forcément diminué, dans sa force de frappe tout du moins, sans réel écho sur nos consciences d’Européens.

L’impact politique de Démineurs repose essentiellement sur la distinction « film de guerre » (Oscars) et « film de genre » (action) qu’appose la cinéaste : sociologique par essence mais explosif et rugissant par principe. Soit 10% de Jarhead et 90% de Medal of honor. Bigelow se place délibérément au cœur de l’action plutôt que du franc côté de ses soldats, d’où ces incandescentes crépitations d’adrénaline au profit d’une psychologie un peu balourde à la Mendes. Succession de missions dont l’unique enjeu réside en une hypothétique survie, Démineurs abandonne toute notion de storytelling pour transcrire au mieux (c’est-à-dire sur le vif) l’urgence et le chaos de l’Irak. Abrupt et abrasif, tout en bravoure extatique, le film consacre ces militaires qui se risquent à sauvegarder un semblant de répit dans un pays emprunt de mort. Mais loin de les glorifier, il s’applique fondamentalement à inscrire sur bobines un enfer simplement humain. Démineurs ou l’odyssée du péril.

 
Démineurs
Réalisé par Kathryn Bigelow
Avec Jeremy Renner, Anthony Mackie, Brian Geraghty, ...
Année de production : 2008
Fish tank

 FISH TANK, un film (a)social d'Andrea Arnold.

Derrière ces monts d'ambiguïtés, une limpidité un peu frustrante.

Que les bottines d’Andrea Arnold sont lourdes, au début de Fish tank ! Authentique cahier des charges du ciné prolo anglais, le film entame un long chemin de croix, celui de Mia, ado banlieusarde en pleine révolte, bardé de signalisations sociales et MK2 Diffusionde symbolismes scénaristiques appuyés. Comme engourdi par tant de facilités d’écriture, Fish tank ne démarre réellement qu’à l’apparition de Michael Fassbender, nouveau et troublant boyfriend de la mère de Mia. Dès lors, les secousses dardenniennes et les cascades loachiennes s’effacent et le film déclenche enfin ses aspirations : désir et émancipation se frôlent dans un tumulte sensitif qu’orchestre assez étonnamment Arnold. Point de mire de cette proximité interdite, l’achèvement de la rivalité mère/fille qui confère une violence sourde à l’odyssée érotique qu’entreprend Mia. Si passage à l’acte il y a, victoire par K.O. il y aura. Ce suspens vipérin, quelque part un peu innocent, doublé de celui, pervers mais pourtant justifié, du moins justifiable, de Fassbender, transcende Fish tank de part en part, nous plongeant dans des strates d’ambiguïtés assez fascinantes.

Mais à trop suivre son héroïne qui s’égare, le film, quant à lui, s’éparpille : l’horizon de Fish tank étant si minime, sa portée n’en demeure que plus étroite. Sa cadence à la fois tendue et chaloupée a beau subtilement transcrire l’état de Mia, entre rage et égarement, il manque à ce micro-Rosetta une fougue peut-être plus racée, des cadres peut-être moins béants, pour sortir de cet aquarium cinématographique un peu restreint.

 
Fish Tank
Réalisé par Andrea Arnold
Avec Katie Jarvis, Kierston Wareing, Michael Fassbender, ...
Année de production : 2009
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