DEMINEURS, une bombe de Kathryn Bigelow.

Dénuée de politique, une odyssée militaire détonante.

Outre-Atlantique, The hurt locker (titre original bien plus intéressant) a empilé les dithyrambes comme des perles, certains critiques lui décernant même le titre forcément subjectif du meilleur film de guerre de la décennie. Le Full metal jacket SNDdes années 2000, le nouveau Bigelow ? Loin de là et en cela, Démineurs marque très distinctement la frontière atlantique, la nuance des sensibilités et des susceptibilités, l’empreinte d’un passé quasi-présent. Alors que chez les Anglo-saxons le film s’inscrit instantanément dans la hantise collective de l’inextricable bourbier irakien, il apparaît chez nous forcément diminué, dans sa force de frappe tout du moins, sans réel écho sur nos consciences d’Européens.

L’impact politique de Démineurs repose essentiellement sur la distinction « film de guerre » (Oscars) et « film de genre » (action) qu’appose la cinéaste : sociologique par essence mais explosif et rugissant par principe. Soit 10% de Jarhead et 90% de Medal of honor. Bigelow se place délibérément au cœur de l’action plutôt que du franc côté de ses soldats, d’où ces incandescentes crépitations d’adrénaline au profit d’une psychologie un peu balourde à la Mendes. Succession de missions dont l’unique enjeu réside en une hypothétique survie, Démineurs abandonne toute notion de storytelling pour transcrire au mieux (c’est-à-dire sur le vif) l’urgence et le chaos de l’Irak. Abrupt et abrasif, tout en bravoure extatique, le film consacre ces militaires qui se risquent à sauvegarder un semblant de répit dans un pays emprunt de mort. Mais loin de les glorifier, il s’applique fondamentalement à inscrire sur bobines un enfer simplement humain. Démineurs ou l’odyssée du péril.